Lac Issyk-Koul
Deuxième lac d'altitude au monde, l'Issyk-Koul aligne plages, gorges de grès rouge, sources chaudes à 2600 mètres et la ville cosmopolite de Karakol.
L'Issyk-Koul s'étire sur 182 kilomètres d'est en ouest, à 1607 mètres d'altitude, encadré au sud par la chaîne du Terskeï Ala-Too et au nord par le Kungueï Ala-Too. C'est le deuxième lac d'altitude le plus grand au monde après le Titicaca, et le seul lac salé du Kirghizistan. Sa salinité légère et l'activité géothermique sous-jacente lui évitent de geler, même quand les nuits de janvier descendent à -20°C sur les rives. Le nom kirghize, Yssyk-Köl, signifie d'ailleurs "lac chaud".
La rive nord, desservie par la route principale depuis Bichkek (environ 4 heures de trajet jusqu'à Tcholpon-Ata), concentre la fréquentation estivale. Les Kirghizes des grandes villes viennent y passer juillet et août dans les sanatoriums hérités de l'époque soviétique et dans les pansionaty plus récents de Bosteri et Kara-Oï. C'est aussi sur cette rive que se trouvent les pétroglyphes de Tcholpon-Ata, un champ de blocs erratiques gravés entre le second millénaire avant notre ère et le VIIIe siècle, représentant bouquetins, panthères des neiges et scènes de chasse.
La rive sud change de registre. La route y est moins fréquentée, les villages plus espacés, et les vallées qui descendent du Terskeï débouchent sur des paysages géologiques particuliers. À Jeti-Ögüz, sept escarpements de grès rouge oxydé forment une muraille à l'entrée d'une vallée d'estive. Plus à l'ouest, la vallée de Barskoon remonte vers les cols qui mènent au plateau d'Arabel et aux glaciers d'Inylchek, par une piste minière utilisée pour la mine d'or de Kumtor. C'est par là que passent les transhumances de juin, quand les familles d'éleveurs montent leurs yourtes vers les jailoo, les pâturages d'été entre 2500 et 3000 mètres.
Karakol ferme le lac à l'est. Cette ancienne ville de garnison russe, fondée en 1869, garde une trame en damier, des maisons en bois à fenêtres sculptées et deux édifices religieux singuliers : la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité, entièrement en rondins assemblés sans clou, et la mosquée dounganne construite en 1910 par des charpentiers chinois, sans ferronnerie, sur le modèle d'un temple bouddhiste. Les Dounganes, musulmans hui originaires du Shaanxi, sont arrivés ici après la révolte de 1877 en Chine. Leur cuisine reste vivante au marché du dimanche, notamment l'ashlyan-fu, soupe froide de nouilles d'amidon et de blé servie avec une sauce vinaigrée et pimentée, plat-signature de Karakol.
Depuis Karakol, plusieurs vallées s'ouvrent vers la haute montagne. Altyn-Arashan, à 2600 mètres, abrite des sources chaudes au fond d'une vallée glaciaire, accessibles en 4x4 robuste ou en deux jours de marche depuis le village d'Ak-Suu. Jyrgalan, ancienne cité minière à 2200 mètres, est devenue le point de départ d'un réseau de treks balisés entre 2018 et 2022 par l'association locale, vers les cols de Boz-Uchuk et de Keldike. Plus au sud, la vallée de la Karakol mène au pic Karakol (5281 m) et au camp de base du trek d'Ala-Köl, lac glaciaire turquoise à 3560 mètres.
L'économie locale combine élevage extensif (chevaux, moutons, yaks dans les hautes vallées), tourisme intérieur estival, vergers d'abricotiers et de pommiers sur les piémonts, et petite pêche sur le lac (osman, chebak). La production de miel d'expedition, issu des essaims que les apiculteurs déplacent en juillet dans les prairies d'altitude, fait partie des produits que nous faisons goûter dans les fermes que notre équipe connaît autour de Bokonbaevo, sur la rive sud.
À découvrir
Sources chaudes d'Altyn-Arashan. Bassins en bois à 2600 mètres au fond d'une vallée glaciaire, atteints en 4x4 par une piste de 14 kilomètres depuis Ak-Suu, ou en marche de 6 heures. Nuit en guesthouse familiale avec poêle à bois.
Trek d'Ala-Köl depuis Karakol. Trois jours de randonnée pour rejoindre un lac glaciaire turquoise à 3560 mètres, par un col à 3900 mètres. Bivouac en tente ou en yourte au pied du pic Karakol.
Pétroglyphes de Tcholpon-Ata. Champ de 42 hectares de blocs erratiques gravés à l'âge du bronze, à ciel ouvert entre la route et la rive nord. Bouquetins, scènes de chasse et symboles solaires, lisibles surtout en lumière rasante.
Marché du dimanche à Karakol. Bazar dounganne où l'on goûte l'ashlyan-fu dès 8 heures du matin, avec les boulettes manty et le pain lepyochka cuit au tandyr. Section bétail séparée à l'est de la ville, animée jusqu'à midi.
Gorges rouges de Jeti-Ögüz. Sept escarpements de grès oxydé hauts de 300 mètres, signalant l'entrée d'une vallée d'estive. Yourtes d'éleveurs en place de juin à septembre, repas de besh-barmak sur réservation auprès des familles.
Quand y aller
La saison principale autour du lac court de mi-juin à mi-septembre. En juillet et août, l'eau du lac atteint 19 à 22°C sur les plages de la rive nord, les nuits restent autour de 14°C en bord de lac, et les vallées d'altitude sont déneigées au-delà de 3500 mètres. C'est la fenêtre pour les treks d'Ala-Köl et d'Altyn-Arashan, et pour rencontrer les familles en jailoo. Juin connaît encore des passages pluvieux et des cols enneigés, septembre offre une lumière nette et moins de monde sur la rive nord, avec 8 à 12°C la nuit.
D'octobre à mai, les hautes vallées sont fermées par la neige et la plupart des guesthouses de Jyrgalan ou Altyn-Arashan tournent en mode réduit. La rive nord reste praticable en voiture toute l'année, le lac ne gèle pas, et Karakol devient en janvier et février une base de ski freeride (station de Karakol à 2300 mètres, ski de randonnée dans la vallée de Jyrgalan). Les mois d'avril et de mai sont les plus humides, avec routes de montagne souvent boueuses.
Conseils pratiques
Nous recommandons 5 à 7 jours pour parcourir le lac dans sa logique : deux jours sur la rive sud avec Bokonbaevo, Skazka et Jeti-Ögüz, deux à trois jours autour de Karakol pour un trek d'une ou deux nuits, un jour sur la rive nord pour les pétroglyphes et la traversée retour. L'accès se fait par la route depuis Bichkek (380 km jusqu'à Karakol par la rive nord, comptez 6 heures avec arrêts), il n'y a pas d'aéroport civil régulier autour du lac. L'arrivée se fait donc presque toujours en véhicule, depuis l'aéroport de Manas.
L'Issyk-Koul se combine bien avec Song-Köl et Naryn pour prolonger vers le sud par le col de Kalmak-Ashuu (3446 m), itinéraire que nous opérons de juillet à septembre. Pour les voyageurs qui visent les hauts sommets, le Tian Shan central et le glacier d'Inylchek se rejoignent depuis Karakol via Maïda-Adyr. Le confort va de la yourte d'éleveur sans électricité aux guesthouses chauffées de Karakol et aux pansionaty plus standardisés de la rive nord. La région convient bien aux randonneurs, aux familles avec enfants à partir de 8 ans (treks de vallée sans bivouac), et aux voyageurs intéressés par les cultures du Kirghizistan oriental : Kirghizes du Terskeï, Dounganes, Ouïgours, Russes de Karakol.













