Kurmanjan Datka, Reine des Kirghizes, féministe avant l’heure

Kurmanjan Datka, Reine des Kirghizes, féministe avant l’heure

05 déc. 2019

Kurmanjan Datka est l’une des rares héroïnes féminines célébrées en Asie centrale. Reine de l’Alaï au 19ième siècle, c’est elle qui a permis d’unir les tribus kirghizes et de signer la paix avec l’empire russe, sauvant des milliers de vies.  Pour les kirghizes, cette « mère de la patrie » porte une importance historique et symbolique sans égale.

Une femme forte et féministe

Kurmanjan Datka (1811 – 1907) est célébrée aujourd’hui encore pour sa force de caractère et son indépendance. Elle a grandi dans une famille nomade dans les montagnes de l’Alay, au sud de la ville d’Och. Cavalière depuis toujours, elle était très proche de son peuple, toujours prête à aider ses prochains.

Kurmanjan avait été promise en mariage à un homme bien plus âgé, qu’elle ne connaissait pas. C’était la norme à cette époque. La nuit de son mariage, alors qu’elle était déjà installée dans sa nouvelle famille et nouvelle yourte, Kurmanjan s’enfuit et rentra chez elle à cheval.

C’est cet acte de courage et de féminisme inédit qui la rendra si célèbre. Car la tradition kirghize n’a jamais accepté qu’une femme fuie son mari et sa belle-famille, qu’elle refuse un mariage. Aujourd’hui encore, il est très rare qu’une jeune fille, même enlevée et mariée par force, tienne tête à son mari. Kurmanjan l’a fait pourtant il y a presque deux siècles, défiant toutes les règles de la société et s’érigeant éternellement en symbole du féminisme.

« Datka », général sans égal

Après ce premier mariage contre son grès, Kurmanjan rencontra Asylbek Datka, qui régnait sur les tribus du sud du Kirghizistan. Ils tombèrent amoureux l’un de l’autre, et le général la libéra de son premier mariage et prit Kurmanjan en épouse. Ils eurent cinq fils. Dès le début de cette union, Kurmanjan participa activement à la vie politique, remplaçant son mari pendant ses longs voyages.

C’est à la suite de la mort tragique d’Asylbek que Kurmanjan devint « Datka », ce qui veut dire général. Ce titre était réservé aux hommes, et c’est la seule femme à le porter. L’émir de Boukhara, qui dirigeait alors un empire comprenant les terres du sud du Kirghizistan, approuva ce titre lui-même, faisait de Kurmanjan l’héritière d’Asylbek Datka. Elle avait pourtant refusé que son peuple paye des taxes à l’empire.

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La paix salvatrice

A cette époque, le tsar de Russie avait déjà conquis le nord du Kirghizstan et se dirigeait vers le Sud. Kurmanjan et ses fils résistaient au début, mais face à la puissance des armées russes, elle dû s’enfuir avec son peuple à Kashgar, en Chine. Bloqués par l’armée chinoise, Kurmanjan et sa tribu durent faire demi-tour et retourner dans l’Alay après un long voyage. Finalement, après de nombreuses défaites et pertes, Kurmanjan comprit qu’il n’y avait pas d’autre solution que d’accepter la paix avec l’empire russe, ce qu’elle fit en 1876 pour éviter un bain de sang. Elle garda son titre de Datka, et se faisait appeler « Votre majesté » par les soldats russes, qui l’admiraient autant que son propre peuple.

Ses fils pourtant continuèrent de combattre. L’un d’entre eux fut capturé par l’armée russe et condamné à mort. Kurmanjan fit là encore preuve d’un immense courage : elle assista à l’exécution de son fils à Och et ordonna à son peuple de ne pas aller au combat, comme ils le voulaient. Elle aurait alors dit : « Cela me fait très mal de voir mon fils mourir, mais je ne peux pas perdre mon peuple ». Grâce à sa diplomatie et son sacrifice, le peuple de l’Alay continua à vivre en paix.

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Une dirigeante vénérée aujourd’hui

Kurmanjan Datka est admirée encore aujourd’hui à travers le Kirghizistan et l’Asie centrale en tant que jeune femme rebelle et féministe, et dirigeante forte, qui a apporté la paix dans ses terres et sacrifié son fils au profit de son peuple.

En 2014, le Kirghizistan a sorti un film dédié à la vie de Kurmanjan Datka, depuis son enfance jusqu’à l’exécution de son fils. Très émouvant, il met en valeur la beauté et la force du caractère de ce personnage historique. A rajouter sur votre liste de films à voir pour préparer votre voyage au Kirghizistan.

Lors de votre visite de Bichkek, vous pourrez voir un très beau monument qui lui est consacré dans le parc central « Dubovy », juste au prolongement du boulevard Erkindik. Vous trouverez aussi le portrait de Kurmanjan Datka sur les billets de 50 soms. Cette grande femme a laissé un héritage féministe, démocratique et patriotique important aux kirghizes d’aujourd’hui. D’ailleurs, le Kirghizistan est le seul pays de la région à avoir eu une femme présidente.

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