Les manastchis, conteurs de l’épopée kirghize

Les manastchis, conteurs de l’épopée kirghize

10 oct. 2019

Ils portent en eux des siècles d’histoire, de traditions et de légendes. Les manastchis, conteurs de l’épopée de Manas, font vivre, aujourd’hui encore, la culture orale kirghize à travers leurs récitations passionnées. Gardiens de cette riche et unique littérature, ils sont aussi, pour le peuple kirghiz, ceux qui transmettent de génération en génération un sentiment de patriotisme, de fierté, et de devoir.

L’impressionnante épopée de Manas

Inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco et au livre des record Guiness, l’épopée de Manas est la plus longue épopée du monde, devançant l’Odyssée et l’Iliade combinées. Elle raconte les exploits de Manas, grand héros kirghiz, son fils, Semeteï et son petit-fils, Seïtek.

L’épopée raconte la création du peuple kirghiz, sa lutte pour exister, son unité et sa force. Manas y dit :

« Ayant réuni des milans, je les ai transformés en faucons.
Ayant réuni des esclaves, je les ai transformés en un peuple,
Ainsi, j’ai créé une nation unie et puissante de vagabonds ».

Bien que les faits historiques soient parfois contestés, l’épopée est apprise comme une vérité dans les écoles kirghizes. Elle rassemble toutes les traditions du peuple, qui vivent encore fièrement aujourd’hui dans les jailoos (pâturages) de ce beau pays.

  Les manastchis, conteurs de l’épopée kirghize  

L’épopée de Manas est un important outil politique au Kirghizistan. Un conte fondateur, initiatique, qui a toujours uni le peuple kirghiz, que ce soit le soir autour d’une yourte, lors de répressions politiques ou d’interrogations sur l’avenir du pays. Il fait la fierté des Kirghizes, qui se disent descendant du grand Manas, et leur donne une identité forte, guerrière, résiliente. D’ailleurs, Manas prend une place tout à fait particulière au Kirghizistan, avec de nombreux bâtiments, rues, sommets à son nom ; et une importante politisation.

L’épopée n’a été écrite que très récemment, alors qu’elle est contée depuis des siècles (son origine n’est pas encore datée). Aujourd’hui encore, elle vit à l’oral bien plus qu’à l’écrit, et ce sont ses conteurs, les manastchis, qui lui donnent ce charme inimitable.

A l’origine, l’épopée n’aurait été qu’une simple chanson de deuil, composée à la mort de Manas. Ce sont les conteurs eux-mêmes qui auraient, inspirés par l’âme de Manas, rajouté à l’épopée jusqu’à obtenir l’important texte qu’elle est devenue.

Devenir manastchi

C’est sûrement Sayakbaï Karalaev (1894-1971) le plus connu de tous les manaschis. Surnommé le « Homère du XXe siècle », il était l’une des rares personnes capables de réciter les trois tomes de l’épopée de Manas, et de s’attarder à la tâche pendant plusieurs mois.

Tout le monde n’est pas apte à apprendre par coeur un texte aussi long. Et encore moins à porter le lourd poids d’une histoire si importante pour le peuple kirghiz.

  Les manastchis, conteurs de l’épopée kirghize  

La vocation du manastchi naît souvent d’une vision ou d’ un rêve. Par la suite, il dédie sa vie à cette tâche historique. C’est ce que racontent la plupart des conteurs, y compris le manastchi moderne le plus respecté, Nazarkyl Sedyrakmanov, qui performe aussi bien au Kirghizistan qu’à létranger. Né à Talas , lieu où se trouve le mausolée de Manas, il dit avoir vu le grand héros en rêve pour la première fois à l’âge de huit ans.

En fait, la plupart des manastchis racontent qu’ils n’ont jamais voulu devenir conteurs, mais qu’ils étaient hantés par Manas et ses proches, lors de nombreuses visions. C’est aussi ces rêves qui permettent aux manastchis d’apprendre l’oeuvre et d’improviser, avant même de se référer aux textes. Beaucoup, d’ailleurs, ne le consultent jamais.

Pour devenir conteur, il faut croire en l’histoire de Manas, contestée, et travailler sans relâche. Surtout, il faut avoir une âme pure et ne pas pecher : les manastchis croient en la puissance de Manas, capable de les punir s’ils ne vivent pas comme ordonnés.

Les grands maîtres ont souvent refusé de donner des cours de Manas, clamant que l’épopée ne s’apprend pas, mais naît en soi. On parle alors de génie, et de don offert par l’esprit de Manas. Les enfants apprennent des textes de Manas dans les écoles, et une école de manastchis avaient même été ouverte en 1999. Celle-ci a pourtant fermé : les conteurs affirment que s’ils peuvent guider les jeunes Kirghizes qui ont vocation à devenir manastchis, l’apprentissage ne peut pas être institutionnalisé, ni accessible à tous.

Les manastchis comptent dans leurs rangs quelques femmes également, même si cela est plus rare.

  Les manastchis, conteurs de l’épopée kirghize  

Comment conter Manas ?

Le manastchi sort sur scène vêtu d’un kalpak, chapeau traditionnel kirghiz en feutre, qui représente les hauts sommets du pays des Monts Célèstes. Avant la récitation, il peut apeller l’âme de Manas ou des ancêtres pour le protéger. C’est un moment sacré, comme l’est l’épopée aux yeux des Kirghizes.

Il récite ensuite un épisode de l’épopée, souvent emporté par une transe. En effet, pour les Kirghizes, Manas n’est pas seulement un beau conte, mais une histoire spirituelle, quasi religieuse, qui a porté le peuple Kirghiz d’une vallée à l’autre pendant de longs siècles. Le conteur comprend la sacralité de l’épopée ; c’est d’ailleurs, dit-on, cet aspect qui l’aide a mémoriser de si longs textes.

La récitation se fait sous forme d’un quasi-chant, rythmé, bouleversé, passionné, où le manastchi perd presque le contrôle sur son corps. Il ressent la joie, la tristesse, la colère, la douleur du héros dont il conte l’histoire, et ne fait plus qu’un avec lui.

Une performance à voir absolument lors de votre séjour au Kirghizistan.

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